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samedi 24 janvier 2009

Retour d'Inde : l'exposition Raj Kapoor (3/3)

Nous avons réussi à joindre le secrétariat de Randhir Kapoor et à obtenir un rendez-vous avec lui. Il est le fils aîné de Raj Kapoor (mort en 1988) et pérennise l'œuvre de son père en faisant vivre les mythiques R.K. Studios à Chembur, une agglomération de la banlieue est de Bombay.
Après nous être présentés au gardien, qui appelle un supérieur, nous sommes finalement introduits (par le secrétaire de Randhir Kapoor ?) dans une salle d'attente où une immense armoire vitrée renferme la multitude de récompenses reçues par Raj Kapoor en Inde et dans de nombreux pays étrangers. Impressionnant.
Puis le secrétaire (?) nous emmène jusqu'au bureau de Randhir Kapoor qui nous demande de nous asseoir. La pièce est très grande et décorée de nombreuses photos des membres de la dynastie Kapoor qui sont devenus acteurs, dont un grand portait de Raj ainsi qu'une peinture en noir et blanc le représentant. Sur un énorme écran plat allumé, passe un programme de télévision.
Un peu distrait, il nous écoute exposer notre projet et nous conseille de réaliser le catalogue avec Nasreen Munni Kabir qui travaille actuellement à la traduction des dialogues d'Awaara, l'un des films les plus populaires de Raj Kapoor. Il nous offre de s'adresser à lui pour le copyright ou tout autre problème d'ordre technique.
Nous quittons son bureau mi-figue mi-raisin, un peu déçus de n'avoir senti chez lui ni intérêt, ni sympathie pour le projet. Mais puisqu'il n'a pas dit non...

vendredi 23 janvier 2009

Retour d'Inde : l'exposition Raj Kapoor (2/3)


M. Mukhi est un petit homme raffiné dans la soixantaine, à la fine moustache grise. Il tient une échoppe de timbres anciens sur D.N. Road, une artère très fréquentée, non loin de la gare de VT (Victoria Terminus). Nous l'avons connu en mai dernier alors que l'idée nous était venue de rassembler des timbres ayant trait au cinéma indien. En l'espace de trois heures, il nous avait préparé une quarantaine de timbres à l'effigie d'acteurs, chanteurs, écrivains, réalisateurs. LE timbre de Guru Dutt allait faire partie de l'exposition que nous allions lui consacrer. Quelques visiteurs avaient été intéressés par ce timbre, mais nous n'en avions qu'un seul.
Aussi retournons-nous chez M. Mukhi avec l'intention d'acquérir, si possible, une planche de timbres de Raj Kapoor, une de Guru Dutt et tout ce qu'il pourra nous fournir en plus d'un exemplaire. Il nous dégote aussi quelques enveloppes premier jour. Stimulé par notre enthousiasme, il nous propose des documents tout à fait différents, qui ne sont pas encore en sa possession : des copies des visas de censure de films des années 50 et 60. Il devrait nous en adresser des photos par e-mail. A suivre.

Retour d'Inde : l'exposition Raj Kapoor (1/3)

Dès notre arrivée à Bombay, nous rendons visite à nos fournisseurs d'affiches.
Arif loue avec son frère aîné Aziz un minuscule local de Chor Bazaar, qui déborde d'affiches, de magazines et de quantité de documents sur le cinéma. Malgré l'exiguïté du lieu où il ne reste de la place que pour 2 personnes debout, la 3e ayant un pied dans le corridor, il arrive à déplier les posters et à les classer en deux tas, ceux que nous retenons, et ceux que nous recalons. A chaque visite, on nous sert la traditionnelle boisson de bienvenue (souvent au courant de la transaction). Tchai, cola indien ou autre.
Puis nous rencontrons Wahid et Zahid, 2 frère eux aussi, qui ont rangé chez eux les affiches qu'ils nous destinent. On y va à moto en zigzaguant sur la très encombrée et très bruyante Mohamed Ali Road. Je suis restée zen, mais très accrochée aux épaules de Zahid. Une fois dans l'appartement, nous nous asseyons sur un tapis et choisissons parmi les pièces qui nous sont montrées. Un tas Oui, un tas Non. Tchai ?
Cette année, c'est Arif qui a gagné le pompon ; avec ses prix encore raisonnables et la diversité des documents proposés, il nous a vendu 20 kilos de papier, photos et carton qu'il faudra faire transporter jusqu'au taxi par un coolie. On commence à se poser des questions sur l'excédent de bagages. Si l'on ajoute les achats chez Wahid, les livres et d'autres babioles...

jeudi 22 janvier 2009

Retour d'Inde : peintures murales du Tamil Nadu

A l'approche des élections, la jungle des villes du Tamil Nadu voit apparaître d'énormes panneaux imprimés de plusieurs mètres de haut qui barrent la vue ; impossible de ne pas remarquer les candidats géants présentés par chaque parti.
Plus discrètes, mais plus artistiques, les peintures murales politiques sont des œuvres éphémères qui seront recouvertes par d'autres peintures aux élections suivantes. Elles sont souvent signées et donnent le contact téléphonique de l'artiste ; après avoir appelé le peintre K. Hari, nous le rencontrons à un coin de rue à Chennai. Il est jeune, n'a jamais pris de cours de dessin ou de peinture et s'est formé tout seul en s'exerçant chez lui. Il nous emmène jusqu'à sa dernière œuvre (ci-dessus) qui représente Jayalalitha, ancienne actrice à succès entrée en politique en 1981 et élue au poste de Chief Minister de l'Etat du Tamil Nadu de 2001 à 2006. Elle est maintenant le leader de l'opposition à l'Assemblée du Tamil Nadu. Comme ici, son image est souvent associée à celle de l'acteur M.G.R. devenu lui aussi Chief Minister en 1977, et dont la mort en 1984 donna lieu à des émeutes qui firent des dizaines de morts dans l'Etat. L'adoration des acteurs au Tamil Nadu dépasse vraiment tout entendement pour un Occidental.
Les autres personnages récurrents des peintures murales sont l'actuel Chief Minister, Karunanidhi (avec les lunettes noires), déjà élu 5 fois depuis 1961, associé à son fils Stalin, qu'il vient de nommer trésorier de son parti, le DMK.
Les peintres sont recrutés par les partis pour exécuter des portraits ou peindre des slogans sur les murs. Parfois, on en voit un "préparer le terrain" en passant une couche de peinture blanche sur un mur pour délimiter sa surface, et en inscrivant le nom du parti auquel il est destiné. L'exécution de l'œuvre est rapide (3 jours environ) et les peintres n'ont aucune notion de la valeur artistique de leurs réalisations. Nous, on aime beaucoup.
Les deux dernières peintures, non terminées, ornent des murs à Madurai.

mercredi 21 janvier 2009

Retour d'Inde : rencontres et retrouvailles (4/4)

L'année dernière à Paris, j'avais rencontré une Indienne de Bombay, Avani, avec laquelle j'avais sympathisé (voir post du 11 septembre), et nous avions convenu de nous revoir à Bombay. Je l'appelle donc, elle nous invite chez elle dans une maison d'une centaine d'années du quartier de Chowpatty, la plage tout au bout de Marine Drive. Elle vit dans une famille élargie à revenu confortable composée de 9 personnes : le grand-père et la grand-mère, leurs deux fils, les deux épouses et les trois enfants. Après nous avoir fait visiter les chambres, toutes simples, Avani nous installe dans le salon où elle nous offre un nimbu pani (citron vert pressé), tandis que les grands-parents passent nous saluer d'un amical namaste. La pièce où nous nous trouvons comprend un lit qui sert de canapé, une table basse, deux fauteuils, une chaise, tous très simples, et un poste de télévision ; l'ensemble serait presque austère. Malgré la chaleur extérieure, l'air reste frais dans la pièce grâce aux ventilateurs du plafond, et à la brise marine. Nous passons ensuite dans la cuisine impeccable (pas de cuisinière, mais un réchaud à gaz et une quantité de thali, plats ronds en fer-blanc qui servent d'assiette) où Avani nous a préparé des snacks typiquement bombaïtes, salés-sucrés, comme le bhelpuri ou carrément sucrés (je n'ai pas noté le nom). Le tout arrosé d'un fort thé à la menthe. La journée d'Avani (rappelez-vous qu'elle est d'une famille aisée) commence à 5 heures et demie du matin, quand elle et sa belle-sœur préparent la pâte pour les galettes de pain et commencent à cuire les galettes et à préparer le petit déjeuner et le déjeuner purement végétariens des époux qui emporteront leur nourriture au bureau. En effet, il s'agit d'une famille indienne traditionnelle, originaire du Gujarat, et toute la nourriture doit être préparée à la maison, par sécurité et par souci de qualité. A 8 heures, Avani est libre, mais l'après-midi, elle prépare des snacks pour les enfants qui rentrent du collège, puis le dîner. Elle nous raconte tout sans se plaindre ; c'est normal puisque c'est la tradition, on ne peut aller contre. Son fils Hersh (environ 20 ans) rentre du collège, il demande des snacks et elle lui fait un résumé de notre conversation. La grand-mère passe jeter un coup d'œil pour être au courant aussi. Arrive le neveu, ravi de pouvoir nous dire quelques phrases en français. Puis rentre du bureau le beau-frère, et Avani nous présente et refait un résumé de notre conversation pendant que le serviteur-chauffeur (je l'avais oublié) s'affaire dans l'entrée. Enfin, alors que nous allions prendre congé, le mari d'Avani arrive, curieux de rencontrer ces deux Français qui s'intéressent tant au cinéma indien et se plonge dans le catalogue Guru Dutt que nous avons apporté à Avani (avec un livre sur Paris, quand même !) Il occupe un poste important dans une grosse entreprise indienne, ce qui lui permet de voyager à l'étranger avec Avani... et de rencontrer de constants problèmes de nourriture (Avani doit emporter des vivres dans ses bagages). C'est presque avec regret que nous quittons cette famille chaleureuse où la tradition prend le pas sur l'ostentation.

mardi 20 janvier 2009

Retour d'Inde : rencontres et retrouvailles (3/4)

A Chennai, nous décidons de retrouver Shanmugan, notre conducteur de rickshaw d'il y a 3 ans. Impossible dites-vous ? C'est sans compter avec la technique associée au bouche-à-oreille indien : la photo du chauffeur est dans notre ordinateur de voyage ; François la photographie sur l'écran et nous partons avec l'appareil photo vers le secteur de Shanmugan. Au premier conducteur de rickshaw que nous croisons, François montre la photo sur l'écran de appareil photo. Et toc ! L'homme connaît Shanmugan, qui est de repos ce matin-là. Il nous demande notre numéro de mobile (on s'est acheté une carte SIM en arrivant à Bombay, ce qui s'est avéré très utile)... et quelques heures plus tard, après nous avoir appelés, Shanmugan sonne à la porte de notre chambre. Sur le coup, j'ai cru qu'il ne s'agissait pas de lui mais de son frère. Je lui fais remarquer qu'il a rajeuni. " C'est parce que je me teins la moutache et les cheveux", avoue-t-il en riant.

A Kovalam sur la côte du Kerala nous avions sympathisé avec un serveur de restaurant, Joby, que nous avions vu pour la dernière fois en janvier 2006, peu avant la naissance de son fils Joshua. Depuis, peu de nouvelles, pas de réponse à nos e-mails. Alors, nous allons déjeuner dans le restaurant où nous l'avions vu la dernière fois. Et toc ! Joby est toujours là, surpris mais apparemment content de nous revoir. Il nous apprend qu'il s'est acheté une maison et que sa femme Sintoo l'a rejoint à Kovalam.
Le lendemain matin, il nous déniche au petit déjeuner. "Si vous n'avez rien de prévu, vous pouvez venir à la maison tout à l'heure ? Je vous envoie un rickshaw qui sait où j'habite." OK, on vient. En chemin, on achète des crayons de couleurs et un cahier pour le petit Joshua. Arrivés chez Joby, nous apprenons que Joshua fête ses 3 ans. Sont présents la famille et des voisins. En attendant les réjouissances, Joby nous fait visiter les pièces de sa maison, et le bout de terrain qui va avec : le potager et ses piments, le verger et son papayer, les cocotiers (dangereux pour le toit) et surtout le puits à l'eau fraîche et potable. Joshua attend tout excité le moment du découpage du gâteau, il dessine à tout-va dans son nouveau cahier pendant que Sintoo nous prépare une papaye cueillie dans le jardin. Si vous coupez une papaye transversalement, c'est beaucoup plus joli que dans l'autre sens, non ?
Alors que tout le monde semble être là, un prêtre chrétien (que nous supposons protestant) fait son entrée avec sa fillette afin de réciter une courte prière que tout le monde reprend en chœur dans un grand recueillement. Enfin, Joshua, grimpé sur la table peut souffler sa bougie en forme de 3 et découper le gâteau à l'ananas. Après l'anniversaire hindou à Bombay, l'anniversaire chrétien au Kerala !

lundi 19 janvier 2009

Retour d'Inde : rencontres et retrouvailles (2/4)

A Bombay nous attendait aussi Atul, le jeune cinéaste rencontré il y a près d'un an à Paris. Prompt à répondre à notre appel, il nous fait découvrir un restaurant de rue du quartier de Colaba, le Bade Miyan, où les kebabs, servis à table sur le trottoir, sont parmi les meilleurs que nous ayons goûtés. Le lendemain, Atul nous fait redécouvrir d'anciens cafés iraniens à l'atmosphère rétro qui disparaissent petit à petit du paysage de la ville quand les propriétaires âgés n'ont pas de successeur. Il avait déjà fait un documentaire sur ce sujet en laissant sa caméra filmer l'intérieur du café Merwan pendant toute une journée.

A Chennai, nous visitons pour la 3e fois les studios AVM dont l'entrée est libre et où il se passe toujours quelque chose. Alors que François entame une conversation avec des menuisiers qui préparent un décor, un homme s'approche de lui et lui tend une photo de lui (l'homme) que François avait prise il y a 3 ans et que nous lui avions envoyée. Il la garde en permanence avec ses papiers importants enveloppés dans du plastique. Il faut toujours envoyer les photos, l'impact est plus important qu'on le croit et les retrouvailles plus chaleureuses.

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