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jeudi 4 juin 2009

Glossaire de l'Inde : V, Y & Z

Vache.
A la campagne ou en ville (même à Bombay), elle est toujours là, mâchonnant tranquillement de l'herbe ou une peau de banane offerte par un passant.
Nourrir une vache qui donne du lait et de la bouse, 2 éléments indispensables dans les zones rurales, fait partie de la vie courante. En effet, en Inde, la bouse n'est pas beurk ; c'est un combustible que l'on mélange à la paille, et que l'on fait sécher en galettes plates sur les murs au soleil. Les femmes préparent la cuisine grâce à ce carburant écologique et économique.
Tant qu'elle donne du lait, la vache est bichonnée, ses cornes sont peintes pour les fêtes, on décore son encolure de clochettes et de fleurs. Mais dès qu'elle n'est plus utile, son propriétaire l'abandonne dans la rue aux bons soins de la communauté.

Yamuna.
C'est l'un des plus importants fleuves indiens qui prend sa source dans l'Himalaya, traverse Delhi et Agra avant de se jeter dans le Gange à Allahabad, en Uttar Pradesh.
Considéré comme un fleuve sacré, au même titre que le Gange, il attire d'importants pèlerinages qui se déroulent dans ses eaux : ainsi son confluent avec le Gange et la Saraswati à Allahabad voit-il un immense pèlerinage tous les 12 ans, déterminé par la position des planètes. Pendant 3 semaines, des abris provisoires sont construits et des dizaines de millions de pèlerins viennent prier et se tremper dans les eaux du fleuve selon un horaire très strict.

Zoroastrien.
Il existe en Inde, une petite communauté, surtout rassemblée à Bombay, dont il subsiste de nombreuses traces. Ils ont gardé leurs coutumes et continuent de pratiquer la religion de Zoroastre comme autrefois en Iran, sous les Sassanides.
Les parsis (zoroastriens installés en Inde) ont quitté l'Iran au moment des invasions arabes du VIIe siècle pour aller d'abord s'installer au Gujarat, dont ils ont adopté la langue.
Ils sont étroitement liés au développement de la ville de Bombay. En effet, dès le début du xxe siècle, leur réussite dans le coton, la presse et l'industrie (voir Tata) leur ont permis de faire construire maints immeubles, hôpitaux ou écoles qui font partie du paysage urbain. Il existe encore quelques cafés parsis à l'ambiance désuète, mais leur nombre diminue, comme celui des parsis eux-mêmes. En effet, dans cette communauté qui compte moins de 70 000 membres en Inde, le taux de natalité est bas, et l'émigration est en augmentation.

Ce glossaire de l'Inde est maintenant terminé. Il m'a été inspiré par les articles de Shashi Tharoor dans le Times of India en 2007 ; Shashi Tharoor qui est le nouveau ministre indien des Affaires étrangères depuis le 26 mai.

Je suis en train de vous préparer une nouvelle série sur un thème que vous découvrirez jeudi prochain... mais je n'ai pas de ministre sous la main
!

jeudi 28 mai 2009

Glossaire de l'Inde : T

Tagore.
Rabindranath Tagore (1861-1941) est né au Bengale dans une caste brahmane. Dès l'âge de 8 ans, il commence à écrire ses premiers poèmes, et à 16 ans ses premières nouvelles, sous un nom d'emprunt.
Aucun autre auteur indien n'est arrivé à la cheville de Tagore, considéré comme le Shakespeare du pays. Romans, nouvelles, pièces de théâtre, poèmes et chansons lui valurent le prix Nobel de littérature en 1923.
Ne se contentant pas d'écrire, il créa une méthode de composition de musique, le Rabindra Sangeet, et une université des Arts, le Santiniketan, du nom du village du Bengale où elle est située et où elle existe toujours.

Taj Mahal.
© Bollymages. Septembre 1992

Ce monument de marbre blanc qui a suscité tant d'histoires romantiques est sans doute celui qui attire le plus de touristes en Inde.
Cependant, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un tombeau construit par l'empereur Shah Jahan, prétendument pour son épouse (vraisemblablement pour lui-même) qui mourut en accouchant de son 14e enfant. Quatorze enfants ! Comme c'est romantique !

Tata.
La dynastie Tata, des parsis originaires du Gujarat, est devenue un groupe représentatif du capitalisme indien. Elle a donné à l'Inde ses premières filatures mécanisées, ses premières aciéries, sa première compagnie aérienne (Tata Airlines, devenue Air India), et son premier hôtel de luxe, le Taj Mahal à Bombay.
Non content de ses succès, le groupe rachète British Steel ainsi que les thés Tetley, Jaguar et British Leyland.
Ratan Tata qui dirige actuellement le groupe est un redoutable homme d'affaires. Son prochain "coup", plusieurs fois retardé : la sortie de la Nano (voir photo), la petite voiture la moins chère du monde (1 700 euros dans sa version la plus simple).

Troisième sexe (les hijra).
Dans les villes indiennes, il n'est pas rare de voir des groupes de femmes un peu agressives, aux grands gestes et parlant fort, mendier le long des voitures au feu rouge. Il s'agit des hijra, des hommes castrés où souffrant d'une malformation sexuelle. A la fois rejetés et acceptés par la société, ils forment une communauté avec ses règles, ses principes et sa déesse. Ils sont généralement craints, et une fête ne serait pas complète sans un hijra pour bénir un nouveau-né ou pour danser à un mariage. Tous les ans, leur grand rassemblement a lieu à Koovagam au Tamil Nadu.

jeudi 21 mai 2009

Glossaire de l'Inde : Q, R & S

Qawwali.
Ce genre populaire musical du nord de l'Inde et du sud du Pakistan est caractéristique de la branche soufie de l'islam, qui prône amours divin et terrestre dans un chant qui peut aller jusqu'à la transe. Autrefois exécuté dans les dargah (mausolées de saints soufis), le qawwali a gagné les scènes internationales grâce à Nusrat Fateh Ali Khan, aujourd'hui décédé, considéré comme le maître de cet art qui trouve des similarités dans le flamenco espagnol.
Le qawwali est parfois repris comme chanson de film, d'une façon bollywoodienne ; la mise en scène du qawwali de Main Hoon Na (Farah Khan, 2004) est l'une des plus remarquables de ces dernières années.

Rahul Gandhi.
Le petit-fils d'Indira Gandhi et fils de Sonia et Rajiv Gandhi (assassiné en 1991), né en 1970, s'est présenté aux élections générales de ce printemps en Uttar Pradesh, dans le fief de la famille Gandhi. Sans grand entrain, semble-t-il, car son manque de détermination et ses échecs passés ne font pas de lui un candidat charismatique, malgré le soutien de sa mère qui l'a déjà fait nommer secrétaire général du Parti du Congrès. Il pourrait bien se faire doubler un jour par sa sœur Priyanka, bien qu'elle affirme que la politique ne l'intéresse pas.

Religion.
De nombreuses religions sont nées ou se sont installées sur le sol indien : hindouisme, bouddhisme, sikhisme, jaïnisme... Aussi la religion est-elle présente partout en Inde ; appels à la prière par hauts-parleurs, encens qui brûle devant un autel de rue, vaches qui barrent la circulation, jaïn qui balaie le sol, cloches d'église. Si toutes les religions semblent cohabiter pacifiquement, il en est deux qui peuvent s'embraser très violemment ; hindous et musulmans ont participé aux terribles violences communautaires de 1992-1993 à Bombay et à celles du Gujarat en 2002, rendant coup pour coup devant une police passive.
Ci-dessus, on aperçoit un petit autel hindou appuyé contre un pied de la mosquée du Char Minar à Hyderabad.

Sari.
Il existe depuis près de 2000 ans, car on n'a rien trouvé de mieux pour dissimuler les imperfections mises en valeur par les vêtements occidentaux et accentuer les avantages que les autres cachent. C'est un vêtement pluriel qui se porte de nombreuses façons, selon la région, avec plus ou moins de plis, avec un corsage ou un choli au dos nu, noué ou épinglé, en polyester, en coton, en soie... C'est l'habit de toutes les castes.

jeudi 14 mai 2009

Glossaire de l'Inde : N & P

Nataraja.
C'est la représentation de Shiva, seigneur de la danse, à 4 bras, dans une pause qui existe toujours dans le bharata natyam, une danse classique d'Inde du Sud. De nombreux attributs se retrouvent dans toutes les statues le représentant, en particulier une auréole de flammes, un tambourin, les cheveux flottant autour de la tête, le nain de l'ignorance sous le pied droit...
Les musées de Tanjore et de Chennai exposent plusieurs Nataraja de bronze de l'époque des Chola.

Nehru. (1989-1964)
Si Gandhi fut l'homme de l'indépendance, Nehru fut celui de l'Inde moderne. Pourtant, son passé ne le laissait pas prévoir : aristocrate habitué aux privilèges, il fut cependant en empathie avec les masses populaires et fit preuve de convictionss socialistes passionnées. Elevé dans les meilleurs collèges d'Angleterre, il passa plus de 10 ans dans les geôles anglaises en Inde. Bien qu'agnostique, il devint le protégé imprévu du mahatma.
Peu de politiciens eurent un tel impact sur la vie du pays : on lui doit le schéma socialiste de la société, le système parlementaire, la démocracie, le non-alignement, le système électoral, les instituts de technologie - qui sont maintenant parmi les meilleurs du monde -, la liberté de la presse et... la veste Nehru (voir photo).

Paan.
C'est un peu le chewing-gum indien, mais il se déguste surtout à la fin d'un repas pour faciliter la digestion. Il change de nom et de composition selon la ville, la constante étant la noix d'arec et la feuille de bétel qui enveloppe les ingrédients. Il teinte élégamment la bouche et les dents en rouge, et il oblige non moins élégamment à cracher la salive rouge sur le premier mur venu.

Pollution.
A en croire un satiriste américain, vous pouvez vivre en Inde à condition de ne pas boire l'eau (du robinet) ni respirer l'air. Pourtant les Indiens ont appris à vivre au milieu de villes sales en buvant n'importe quelle eau, s'il ne peuvent acheter de l'eau purifiée en bouteille, et en inhalant un air saturé d'émissions inconnues, puisque non contrôlées.
Je n'ai pas encore compris comment les panneaux lumineux de Bombay pouvait afficher que la qualité de l'air était bonne.
Tous les cours d'eau sont pollués - les enfants y jouent - et transportent des objets non identifiés ; souvent il s'en dégage une odeur repoussante.
Les ordures, quand elles ne sont pas jetées dans les cours d'eau, s'amoncèlent en décharges sauvages le long des trottoirs ; on les passe en apnée.
Le bruit de la circulation empêche d'avoir une conversation dans la rue et les Klaxon, qui ont un langage secret, sont une véritable plaie car les deux-roues, qui sont très nombreux, utilisent des Klaxon de voiture.
Mais finalement, on s'y fait !

jeudi 7 mai 2009

Glossaire de l'Inde : L & M

Lata.
Pas besoin de nom de famille pour savoir de qui on parle, pas besoin de visage non plus (sauf pour nous). Seule sa voix compte pour ses millions de fans. Ce n'est pas par hasard que les plus grands réalisateurs et compositeurs l'ont choisie pour chanter dans leurs films ; de 1942 à 2007, elle fut la voix féminine principale de plus de mille films, dans plus de dix langues. Qui dit mieux ?

Mahabharata.
Cette épopée sanskrite de la mythologie hindoue est considérée comme le plus long poème jamais composé. Ecrit par Ganesh sous la dictée du sage Vyasa, il conte la saga guerrière entre deux branches d'une famille, les 5 frères Pandava et leurs cousins les Kaurava pour la conquête du pays des Arya.
C'est l'un des deux textes fondateurs de l'hindouisme avec le Ramayana. Il n'est d'ailleurs pas rare de trouver des allusions à ces textes dans le cinéma, même actuel.
A noter : Le Mahabharata de Jean-Claude Carrière chez Pocket, excellente introduction à ce grand texte.

Maharaja.
Légalement, ils n'existent plus depuis 1947, pourtant ils sont toujours là, ancrés dans l'esprit des Indiens qui continuent de venir leur porter leurs doléances comme autrefois. Les maharajas, tel celui d'Udaipur, sont parfois devenus hôteliers, transformant leur palais en résidence pour riches visiteurs.
A noter : Les Maharajas inoubliables, 150 ans de photographie, chez CharlesMoreau/Roli.

Mobile.
Le téléphone mobile est le symbole d'une véritable révolution en Inde. Chaque mois, il s'en vend environ 7 millions ; ce petit objet a réussi là où des années de socialisme ont échoué ; il a donné du pouvoir aux moins riches. Il est maintenant brandi par ceux qui ne pouvaient pas payer un fonctionnaire pour être inscrit sur une liste d'attente de 7 à 8 ans avant d'obtenir une ligne de téléphone fixe.

Moussons.
C'est vers mi-juin que le Kerala est le premier Etat à recevoir le déluge de la mousson du sud-ouest. Après un mois de mai où les températures atteignent leur pic annuel, l'arrivée des pluies, attendues comme le messie, va marquer une période de 3 mois environ où la vie quotidienne sera moins facile : inondations, morts, moyens de transport immobilisés, on marche parfois avec de l'eau à hauteur de poitrine (ci-dessus, une photo prise à Bombay pendant les pluies exceptionnelles de 2005).
Dans les campagnes, ce sont les récoltes suivantes qui se jouent, la nappe phréatique qui se reconstitue et les puits qui se remplissent ; l'avenir des agriculteurs et de leurs troupeaux se décide pendant cette mousson.
L'autre mousson, celle du sud-est, souvent moins forte - mais le temps se dérègle, ma bonne dame - touche les côtes du Tamil Nadu en septembre, traverse le Deccan et quitte la terre au Kerala, qui aura vu le début d'une mousson et la fin de l'autre. La boucle est bouclée !
A noter : un livre de photographies de Steve McCurry, Monsoon, chez OM.


Musique.
Où que l'on soit en Inde, la musique vous poursuit : dès potron-minet le temple voisin envoie par hauts-parleurs des mantras ou même de la musique de film, le chauffeur de taxi passe la cassette n° 25 des Bollywood Hits, les cent chaînes de télévision diffusent des concerts classiques hindoustanis ou carnatiques (ci-contre), des concours de chants, des ragas, des films. La musique, comme la langue, est bien le reflet de la mosaïque indienne.

jeudi 30 avril 2009

Glossaire de l'Inde : J & K

Jeûne.
Déjà évoqué dans les textes anciens, le jeûne fait partie de la culture indienne, à la fois d'un point de vue spirituel, pour unir le corps et l'esprit, et d'un point de vue médical pour purifier le corps. Les types de jeûnes sont très nombreux ; certains s'abstiennent de prendre telle ou telle nourrriture pendant le temps qu'ils estimeront nécessaire, d'autres jeûneront uniquement le jour de leur dieu préféré (le mardi, c'est Hanuman), pendant les grandes fêtes religieuses, ou à la pleine lune.
Ainsi, la pleine lune du mois de kartik (octobre/novembre) est marquée par le jeûne total des femmes mariées pour assurer santé et prospérité à leur époux. Cet épisode est représenté de façon romantique dans le cinéma indien, comme dans K3G (La Famille indienne) et DDLJ, où les femmes sont exemplaires (photo ci-contre : quand la lune se lève - on la regarde à travers une passoire -, c'est la fin du jeûne).

Kama Sutra.
A l'étranger, l'Inde est connue, entre autres, pour le Kama Sutra et pour les sculptures érotiques des temples de Khajuraho. Quel fossé entre ces œuvres et l'attitude des Indiens vis-à-vis de tout sujet pouvant évoquer, même de loin, une vague idée sexuelle ! La pudibonderie et la timidité des Indiens sur ce sujet sont désarmants.
Le cinéma, qui est un reflet souvent embelli de la vie indienne, suit la même règle, surveillé de près par la censure : pas de baiser sur la bouche, pas de scène dénudées. Les défilés de mode - souvent étrangers - ont même été interdits pendant quelque temps à la télévision (en particulier les défilés de maillots de bain et de lingerie).

Kargil.
En mai 1999, des rebelles soutenus par le Pakistan s'infiltrent dans le Cachemire indien près de Kargil. Il n'en faut pas plus pour que les forces indiennes interviennent dans cette région montagneuse située à plus de 5000 mètres d 'altitude. Ce sont les Etats-Unis et Bill Clinton qui mirent fin à l'affrontement en juillet 1999. Ce conflit éclair entre deux pays détenant l'arme nucléaire fit environ 1500 morts indiens dont l'Inde se demanda à quoi ils ont servis. La conséquence fut la remontée du sentiment patriotique et de l'admiration pour les soldats stationnés à la frontière avec le Pakistan. Le cinéma s'est inspiré du sujet en particulier avec LOC: Kargil (J.P. Dutta, 2003) qui fut amplement récompensé.

Khan.
L'industrie cinématographique est un nid de Khan - certains diraient un festival de Khan. Parmi les plus connus (en ordre alpha), Aamir, Irrfan, Salman, et le roi proclamé, Shahrukh. Ensemble ils influent sur la tendance de l'industrie du cinéma, et remplissent les poches de quelques producteurs - parfois eux-mêmes. Bon an, mal an, chacun sort hits ou flops qui mettent rarement leur carrière en jeu car le public reste fidèle à ses idoles.

Kolkata.
Cette ville à l'ambiance particulière, dresse fièrement ses grandioses bâtiments victoriens. Mais tout près de là, on passe directement au décati. Le célèbre Indian Coffee House de College Street, lieu de rendez-vous des écrivains, cinéastes, et étudiants depuis 1958, en est une preuve saisissante ; cage d'escalier recouverte de tracts et graffitis, tables et chaises spartiates, ambiance de syndicat. Le manque de confort ne gêne en rien les habitués qui, en bons Bengalis, aiment discuter pendant des heures.
C'est peut-être cet amour de la discussion qui a donné naissance à tous les intellectuels bengalis qui ont marqué ou marquent encore la vie culturelle du pays.

jeudi 23 avril 2009

Glossaire de l'Inde : H & I

Hindi.
C'est la langue la plus parlée en Inde, principalement dans la moitié nord du pays où elle vient s'ajouter à la langue officielle de chaque Etat. Ainsi les Indiens du Nord parlent-ils souvent deux langues, à laquelle on peut parfois ajouter l'anglais (voir Hinglish). En revanche, le Bengale et les Etats du Sud sont allergiques au hindi comme langue nationale. Ce projet provoqua d'ailleurs des manifestations au Tamil Nadu en 1965.
Cependant, le cinéma de Bollywood, en hindi, est accepté à petites doses dans ces régions, quand il n'est pas doublé dans la langue locale.

Hinglish.
Cette langue en formation, à cheval sur l'hindi et l'anglais, a ses propres règles de grammaire, et se construit d'abord dans les milieux urbains avant de migrer vers les campagnes. La télévision aussi vient renforcer le phénomène : quand on regarde une émission indienne, on entend souvent des mots, une phrase ou une expression en anglais s'immiscer entre deux phrases en hindi, donnant la fugace impression de comprendre une langue inconnue !
Ci-dessus, l'affiche du film Jab We Met (Quand nous nous sommes rencontrés, Imtiaz Ali, 2007), bel exemple de hinglish : l'hindi jab = quand, l'anglais we met = nous nous sommes rencontrés). Au-dessus figure le titre hindi en alphabet devanagari.

Hospitalité.
Nous l'avons expérimentée plusieurs fois dans des milieux différents. Chez les gens modestes, en ville ou en campagne, nous avons toujours eu l'impression de bénéficier d'un régime de faveur et d'être considérés comme des hôtes d'honneur. C'en est presque gênant, mais il faut l'accepter sans broncher. Ci-contre, Bharti et Saku préparent notre dîner d'invités sur un trottoir de Bombay.
L'impression est toute autre dans la classe moyenne des villes où l'accueil est aussi chaleureux ; la différence sociale, quant à elle, est complètement effacée. L'étranger n'est pas considéré comme supérieur, mais comme étonnant.

Illetrisme.
Près de la moitié de la population indienne (les femmes plus que les hommes) ne sait ni lire ni écrire. Les raisons de ce grave problème sont diverses ; dans les zones rurales, par exemple, on préfère garder les enfants dans les champs ou leur faire faire de petits jobs.
La Constitution, qui est un joli texte démocratique, a rendu l'école primaire obligatoire - mais les subventions prennent des raccourcis - et a réglementé le travail des enfants sans prévoir les contrôles.
Enfin, il existe dans les campagnes une tradition de communication orale qui finit par prendre le dessus sur l'écrit. Les ONG ont du pain sur la planche.

Indira.
Il existe sans doute des millions d'Indira en Inde. Mais quand on dit "Indira" on pense à Indira Gandhi, fille de Nehru, mariée à Feroze Gandhi (rien à voir avec le mahatma Gandhi) et Premier ministre de l'Union indienne de 1970 à 1977 et de 1980 jusqu'à son assassinat en 1984.
A son actif : avoir donné à son pays l'autosuffisance alimentaire. Sa force et sa faiblesse : un immense désir de puissance qui l' a amenée à s'entourer de délateurs et d'incompétents de façon à pouvoir prendre toutes les décisions. A son passif : l'état d'urgence qui jugula toute l'opposition et toutes les initiatives, plongeant le pays dans un état de peur et d'insécurité pendant près de 2 ans.

jeudi 16 avril 2009

Glossaire de l'Inde : E & G

Etat d'urgence.
© Bettmann/CORBIS - Annonce de l'état d'urgence par Indira Gandhi
De juin 1975 à mars 1977, Indira Gandhi instaura l'état d'urgence pour ne pas avoir à démissionner à la suite d'élections perdues : elle s'empara de pouvoirs dictatoriaux pendant cette période où les hommes politiques de l'opposition furent emprisonnés, où les coupures d'électricité empêchaient les journaux de paraître et la télévision d'émettre. Son fils cadet, Sanjay Gandhi, qui n'avait aucun mandat, obligea des milliers d'hommes, surtout dans les campagnes, à se faire vasectomiser dans des camps spéciaux... en contrepartie d'un transistor (sans doute pour faire appliquer les lois de sa mère sur le planning familial - 2 enfants par couple).
Cette période qui se termina par de nouvelles élections qui renvoyèrent le gouvernement en place, fit prendre conscience aux Indiens que ce qu'ils considéraient comme acquis ne l'était pas ; la presse, en particulier, se trouva renforcée dans sa détermination de liberté.
L'excellent roman de Rohinton Mistry, L'Equilibre du monde, décrit la vie quotidienne de petites gens durant cette période.

Gandhi.
Gandhi et Nehru à Bombay en juillet 1946, pendant une réunion du parti du Congrès.
Une intéressante biographie, Gandhi, sa véritable histoire par son petit-fils par Rajmohan Gandhi, a été éditée chez Buchet Chastel en octobre 2008. Un ouvrage très détaillé sans jamais être ennuyeux.
A noter aussi un ouvrage iconographique, Gandhi, par Peter Rühe, chez Phaidon en 2002. Toute la vie de Gandhi en photos.

Gange.
© Bollymage. Bénarès, octobre 1992.
Ce fleuve d'environ 3000 km de long prend ses sources dans l'Himalaya, traverse l'immense plaine du nord de l'Inde et se jette dans le golfe du Bengale, mêlé aux eaux du Brahmapoutre, formant le delta des Sunderbans, immense mangrove où des îles ont déjà disparu à la suite du réchauffement climatique (les habitants ont été déplacés).
Pour les Indiens, le Gange est un fleuve sacré au bord duquel plusieurs villes sont d'importants centres de pèlerinage : Rishikesh, Hardwar, Allahabad et Bénarès, attirent parfois, à l'occasion de fêtes qui se répètent à plusieurs années d'intervalle, des millions de pèlerins en quelques jours ; mais il existe aussi des pèlerinages individuels et familiaux pour demander des faveurs à un dieu, pour le remercier ; les raisons ne manquent pas.


Golfe.
Pour beaucoup d'immigrants, c'est la région pavée d'or, où les équipements électroniques ne sont pas chers. Nombreux sont ceux qui ont tout vendu, abandonnant une existence correcte de fermier en Inde pour un poste mieux payé de chauffeur, de boutiquier ou d'employé dans un pays inconnu ; même la solitude et les mauvais traitements n'empêchent pas ce mouvement de continuer, à moins que la crise...
Le Kerala est sans doute l'Etat le plus concerné par ce phénomène ; les petits hôtels qui poussent d'une façon désordonnée sur la côte sud-ouest de l'Inde ont été construits grâce à l'argent du Golfe.

jeudi 9 avril 2009

Glossaire de l'Inde : C & D

Caste. Bien qu'aboli par la Constitution, le système des castes est toujours appliqué, principalement dans les zones rurales où il dicte les situations les plus simples de la vie : avec qui manger (ou ne pas manger), avec qui se marier, où habiter, quel métier exercer...
Dans les grandes villes, où l'on se frotte physiquement à des inconnus dans le bus ou sur le trottoir, la notion de caste a petit à petit perdu de sa signification.
De nos jours, la discrimination positive permet aux castes les plus basses de bénéficier de quotas dans l'administration... et aux politiciens de récolter leur vote.

Cachemire. Cette zone de l'Himalaya, autrefois destination favorite des touristes indiens, est devenue un terrain de bataille où l'Inde et le Pakistan se livrent à une guerre larvée depuis deux décennies. Voir photo de la semaine du 15 mars.

Dacoït. Ce bandit de grand chemin, généralement de basse caste, organisé en bandes qui volent les riches pour donner aux pauvres, a souvent été représenté au cinéma : caractère belliqueux, tueur, violeur et voleur dans l'âme. Pas une once de compassion. Son représentant fictif le plus connu est Gabbar Singh, le méchant du film Sholay (1975, Ramesh Sippy), immortalisé par Amjad Khan, qui est mort en 1992, lui.
Son pendant féminin, (bien réel celui-là) est Phoolan Devi, chef de gang, qui sévit en Uttar Pradesh dans les années 1980 (voir photo ci-contre). Habitée d'une haine farouche à l'encontre de tous les hommes qui avaient profité d'elle dans sa jeunesse, poursuivie par la police, elle dut rendre les armes en 1983. Après 11 ans de prison, elle finit par entrer au Parlement en 1996, et fut abattue devant son domicile en 2001. Ce crime n'a jamais été élucidé.
A noter : un livre, Moi Phoolan Devi, reine des bandits, Fixot, 1996, et un film/DVD, Bandit Queen (Shekhar Kapur, 1994) interprété par la troublante Seema Biswas.

Dhaba. Ces cahutes faites de bric et de broc qui servent du thé et des en-cas cuisinés maison et vendent des cigarettes, bordent les routes ; les camions et les bus s'y arrêtent car les prix sont peu élévés. Le phénomène des dhabas a tant de succès que même les hôtels de catégorie supérieure commencent à donner à leur restaurant le nom de dhaba. © Shunya.net

Dot. Depuis les années 1960 la pratique de la dot est passible d'une amende. Là encore, il faut faire la différence entre les centres urbains, plus avancés, et les zones rurales où la coutume perdure. Cette affiche du Karnataka l'atteste. Cette tradition est un délit car elle entraîne des situations désespérées : d'une part, si la famille du marié réclame une dot plus importante que prévu à la famille de la mariée, cette dernière doit s'endetter, parfois à vie (l'accord final sur la dot se faisant parfois le jour du mariage) ; d'autre part - et c'est ce qui est grave - la mariée souffre des "remontrances" de sa belle-famille qui va parfois jusqu'à provoquer sa mort, souvent à la suite d'un incendie malencontreux dans la cuisine, par exemple (on l'arrose généralement d'essence). Tous les ans en Inde, on compte plus de 2000 plaintes relatives à des femmes accidentées dans leur cuisine.
Cette situation explique en partie le déficit de filles en Inde : en effet, plutôt que d'élever une fille qui va coûter cher, les parents préfèrent choisir l'avortement (les effets pervers de l'échographie), noyer l'enfant à la naissance, ou la laisser sans soins...

jeudi 2 avril 2009

Glossaire de l'Inde - A & B

Je me suis inspirée de Shashi Tharoor, écrivain, journaliste et diplomate indien, qui a énuméré dans le Times of India les symboles de l'indianness (l'indianité). J'ai choisi les mots qui me semblent les plus représentatifs.
Je démarre :

Ambassador. Cette voiture léguée par les Anglais sur le modèle de la Morris Oxford est fabriquée par Hindustan Motors (groupe Birla) au Bengale depuis 1957. Véritable éléphant sur roues, elle s'avère très lourde, dévoreuse de carburant mais assez solide pour surmonter les irrégularités des routes indiennes. Elle est bichonnée extérieurement, et décorée intérieurement par son chauffeur : chapelet, fleurs fraîches, Taj Mahal, Ganesh, photo... Elle survit plutôt dans le Sud et au Bengale et reste la voiture préférée de certains leaders politiques.
Le photographe Raghubir Singh a consacré un livre à ce symbole indien (photo ci-dessus) : A Way into India, Phaidon, 2002.

Amitabh. Chaque Indien s'est identifié un jour à l'acteur Amitabh Bachchan. L'Inde a arrêté de respirer quand il était entre la vie et la mort après un accident de tournage en 1983, et les prières de tous bords allaient bon train. Il a été élu acteur du millénaire en Grande-Bretagne. Nous avons vu presque tous ses films, même les nanars, et sommes, nous aussi, tombés sous son charme. Voir La famille Bachchan.

Astrologie. Pas de date de mariage, de voyage ou d'élections sans prendre l'avis d'un homme de l'art. Selon Shashi Tharoor, un Indien sans astrologue serait comme un Américain sans carte de crédit.

Bidi. C'est la cigarette populaire par excellence, vendue en petits fagots entourés de papier. On fume assez peu en Inde, et la cigarette semble interdite dans les lieux publics.

Birla. Cette grande famille d'industriels débuta par le prêt sur gage et le coton au début du XXe siècle ; les héritiers sont maintenant à la tête d'un groupe extrêmement diversifié (construction, automobile, textile, agriculture, assurance, télécom.). Leur nom est aussi associé à des écoles, des hôpitaux, des instituts de technologie, etc. A Delhi, Gandhi séjournait habituellement chez eux, Birla House.

Bollywood. C'est l'arme de séduction massive de l'Inde, qui s'est étendue dans le monde entier, même là où l'on ne s'y attend pas (chez ma voisine de 88 ans, par exemple).

Bureaucratie. On dirait que cet héritage des Anglais a été élevé au rang de concours national. Dans les banques, les gares et l'administration, la profusion de documents, la multitude de guichets et la lenteur des procédures, souvent interrompues par une pause-thé, feraient perdre patience à tout homme normalement constitué. Mais si l'on doit changer de l'argent ou acheter un billet de train, mieux vaut prendre son mal en patience.

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